mardi 16 septembre 2008

Éducation d'abord, abolition des partis ensuite

Salut Normand,


Je suis bien heureux que tes vacances au royaume des volcans se soient bien déroulées. Comme je le constate tes lectures lors de celles-ci ont été plus qu’inspirantes. De notre côté, nous avons aménagé samedi le 6 dans notre nouvel appartement. Sans grande surprise si on compare à Montréal, le loyer est plus élevé et l’espace plus restreint. Malgré tout c’est quand même bien. Nous ni sommes que partiellement installés, nos choses n’arrivant de Montréal que dans 10 jours. D’ici là, nous nous organisons comme on le peut avec l’essentiel que nous avions pu amener dans l’avion. Finalement, après certaines difficultés de transfert bancaire, nous aurons notre nouvelle voiture cette semaine.


Pour ce qui est de la raison principale du déménagement (le post-doc), je ne pouvais pas vraiment espérer mieux. Les installations et la science sont toutes deux à la hauteur de mes attentes. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de participer à ma première réunion de laboratoire (lab meeting), ce qui m’a permis d’apprécier avec enchantement la force d’une équipe de scientifiques aussi solide.


Impressions Californiennes,

En marge de tout cela, la Californie, du moins la région de la Baie San Franciscaine, me semble plus à gauche que le reste des États-Unis, ce n’est pas moi qui vais s’en plaindre… En cette période électorale, plusieurs personnes en charge de faire visiter les appartements (une bonne douzaine) m’ont parlé politique. Sans grande surprise le ticket Obama-Biden fera le plein de vote ici. On peut même voir plusieurs véhicules avec des autocollants arborant le visage de Barack Obama. Corrige-moi si j’ai tors mais je doute fort que Stephen Harper ou Stéphane Dion n’aient soulevé les passions au point ou qui que ce soit n’ait même l’idée d’apposer leurs visages sur sa voiture. Côté charisme on est totalement dans une autre ligue. En passant, il est très impressionnant de voir la quantité de véhicule hybride sur les routes ici. Je savais la Californie en avance point de vue environnement, mais ça demeure plaisant de le constater de visu. Il s’agit là d’ailleurs d’un bon exemple que la politique fonctionne. Je m’explique : les Californiens se sont conscientisés écologiquement parlant et les politiciens les ont écoutés en élaborant lois, plan de transport et collecte sélective en fonction de cela. Et pour les cyniques qui diront que les politiciens en place ne l’ont fait que pour se faire élire, je leur répondrais merci de me donner raison. En effet, même si ces changements étaient dans un but électoraliste, il en reste néanmoins que c’est la population qui y gagne étant donné qu’elle obtient ce qu’elle désire. Ça c’est de la démocratie…


Revenons à nos moutons, les élections Étasuniennes soulèvent les passions tandis que les élections Canadiennes…

Pourtant, historiquement au Canada les taux de participation y sont plus élevés (environ 15 % de plus, http://www.infoplease.com/ipa/A0763629.html, http://www.elections.ca/content.asp?section=pas&document=turnout&lang=f&textonly=false ). Les raisons expliquant ce phénomène sont sûrement variées. Toutefois une chose demeure. Aux Etats-Unis il n’y a que deux options chacune d’elles ayant une idéologie bien précise (gauche morale et économique = démocrate, droite = républicaine). Au Canada ces options sont plus diversifiées, il y a une teinte de droite et plusieurs teintes du reste. Donc, s’il n’y avait que deux partis politiques très polarisés, les conservateurs ne pourraient plus jamais espérer former un gouvernement. Pourtant, même si 60 à 65 % des gens votent plus à gauche, on peut prédire un autre gouvernement conservateur dans un mois. Cela étant dit, je ne peux qu’approuver l’abolition des partis politiques car comme je viens de le démontrer, le fonctionnement actuel est anti-démocratique.


Au Québec la situation est d’autant plus complexe qu’en plus des questions idéologiques gauche, droite, il y a la question nationale. Ce qui fait que nous nous retrouvons maintenant en présence de trois partis qui ont une certaine niche qui de temps en temps se modifie selon les besoins (e.g. ADQ de souverainiste à autonomiste). Encore une fois l’émergence d’un tiers parti mène à un gouvernement minoritaire. Dans ceux-ci, l’opposition a le pouvoir de bloquer tout ce que le gouvernement propose, à moins qu’il s’agisse d’une question de confiance auquel cas, en fonction des sondages, certains députés tomberont soudainement malades ou bien verront leurs mains prises sous leur reposoir… Encore une fois comme tu le disais, anti-démocratique.


Les partis partis, que reste-t-il?

Cela dit, je suis d’accord avec toi sur la majorité des points il semble en effet à première vue que de d’éliminer les partis serait un plus pour la démocratie. Un point que tu n’as pas amené directement c’est que comme il n’y aurait plus de ligne de parti ou d’élection à gagner, il n’y aurait plus non plus d’adversaire politique. Il ne resterait donc plus que des débats d’idée et au final tout le monde travaillerait ensemble pour le bien commun.

Il reste néanmoins que le fonctionnement de nos parlements ainsi que de ceux de toutes les démocraties que je connais est basé sur un système avec partis. Ces pays sont généralement ceux ayant les niveaux de liberté d’expressions, de droits individuels et d’espérance de vie les plus élevés. Il y aurait donc sans doute du bon à ce système. Mais comme j’ai déjà répondu à un professeur qui me critiquait de vouloir améliorer quelque chose qui fonctionnait déjà; ce n’est pas parce qu’il était possible de traverser l’Atlantique en bateau que c’était une mauvaise idée d’inventer l’avion. Pour l’instant je n’ai pas d’idée précise sur quoi fonder les assises de ce nouveau système voici quand même quelques points dont il faudra tenir compte si on veut éviter certaines tares que l’expérience des partis nous aura apprises.


Mise en garde pour la création du système sans partis

Sans les partis politiques, le charisme et la renommée vont continuer à faire élire des gens, sauf que cette fois-ci, ils seront indépendants. Même avec les meilleures intentions du monde je doute fort qu’André Arthur n’est pu être élu s’il n’avait pas été André Arthur. Tu me diras que c’est exactement ce que tu veux dire et qu’en présence de parti politique il faut avoir un nom pour faire sa place et que lorsqu’il n’y aura plus de parti politique chacun pourra y aller de ses idées sans besoin de machine électorale. Encore une fois le fait d’avoir un nom va nécessairement aider. Je pense malheureusement que cette situation est là pour rester. Toutefois on peut l’améliorer en accent les débats et les campagnes électorales sur le contenu et non le contenant. Pour cela il faut également éduquer les gens sur la chose politique. Il faut vouloir écouter ce que Stéphane Dion a à dire pour se rendre au bout d’un de ses discours. Imaginons maintenant le même discours de la bouche de Barack Obama…

C’est une autre utilité des partis politiques : il y a une façon de penser par partis et si ça te plaît tu votes pour le candidat de ta circonscription arborant la couleur. Nul besoin de connaître le nom du candidat. Combien de gens connaissent le nom de leur député? Ce que je veux dire c’est que à moins d’une structure très solide, je doute qu’elle ne le soit jamais, on risque de se retrouver avec des taux de participation avoisinant ceux des commissions scolaires.


Également, tu mentionnes que chaque représentant de circonscription aurait une idée précise de ce qu’il souhaite pour celle-ci, par contre c’est la province (lire pays si indépendance) qu’il faut administrer. J’ai peur que l’on se retrouve avec 125 personnes qui veulent tirer la couverte sur leur côté. En présence de parti politique cette situation est rapidement corrigée par un rappel à l’ordre des priorités. La structure devrait donc inclure des projets indépendants suggérés par chacun des députés mais puisque les fonds sont limités, chaque projet de circonscription risque d’être refusé par les autres.


Je ne connais pas les propositions de Jacques Lazure pour le système, mais tu sauras me dire si elles élimineraient les quelques exemples d’inquiétudes mentionnées ci haut.


Stimuler l'intérêt passe par l'éducation

J’aimerais finir en revenant sur un point que je considère important. C’est une condition essentielle pour que le nouveau système fonctionne, mais même en restant dans un système avec partis, la démocratie en sortirait gagnante. Je parle de l’intérêt des gens face à la politique. Je pense que ça passe par l’éducation. Lorsque l’on comprend quelque chose, on a plus de chance de s’y intéresser. On écouterais donc plus ce que les politiciens ont à dire plutôt que de se soucier de ce qu’ils ont l’air. De plus, si en moyenne, en tant que collectivité, on comprenait mieux les enjeux sociaux et économiques de tout ordre, on ferait des choix plus éclairés une fois dans l’urne. Il serait donc intéressant d’inclure des cours de politique au secondaire en plus des cours d’histoire, de géographie et d’économie (qui était au programme lorsque j’y étais, aujourd’hui?). J’aimerais bien avoir tes idées sur comment intéresser et éduquer. Une chose que je ne voudrais surtout pas faire serait d’obliger les gens à passer ces cours pour obtenir le droit de vote et de rendre le vote obligatoire…


Je te laisse là-dessus


À bientôt


Rémi

lundi 8 septembre 2008

Je brise la glace

Salut Rémi,

J’espère que ton déménagement se passe en douceur et que tu te sois trouvé un appartement décent sans avoir à payer une fortune en loyer. De mon côté, les vacances en camping à Hawaï se sont très bien passées : Vanessa et moi avons découvert un beau coin du monde, avec de magnifiques plages reculées, ainsi qu’avec des volcans actifs à visiter! Les vacances furent florissantes pour moi du côté lecture : j’ai lu trois livres au complet, ce qui constitue une prouesse dans mon cas!

J’ai d‘abord dévoré Qui a raison? d’André Pratte et Joseph Facal (Éditions Boréal, 2008). Des échanges très intéressants, constructifs et des débats toujours intelligents et soutenus. J’ai ensuite lu le magnifique livre de François Avard, Avard Chronique (Éditions des Intouchables, 2008) qui contient une collection de ses meilleurs écrits publiés dans divers médias. Cet auteur est une sorte de Pierre Falardeau (qui a d’ailleurs écrit la préface du livre), mais en un peu moins trash : cru à souhait, il ne se gêne pas pour ridiculiser bien des aspects aberrants de notre société. Puis, j’ai finalement passé au travers du livre Abolir les partis politiques (commentaire sur le livre dans le Voir, 2006), écrit par le sociologue Jacques Lazure (blogue de Jacques Lazure). Ce livre, en teneur socio-politique élevée, fut un peu plus difficile à lire (c’est peut-être le langage de sociologue que j’ai trouvé tarabiscoté et parfois répétitif pour mon esprit de scientifique), mais m’a fait réfléchir beaucoup. Et c’est de cela que j’ai pensé aborder pour briser la glace et démarrer nos échanges : devrait-on abolir les partis politiques?

Je crois que oui! Je suis d’accord avec Jacques Lazure sur de nombreux points qu’il présente dans son livre. La majorité des points que je vais développer sont d’ailleurs repris de son livre et je n’ai du crédit que pour mes commentaires et critiques envers ceux-ci.

Le mauvais côté des partis politiques

Qu’est-ce qui rend les partis politiques nuisibles pour la démocratie et le bien-être de notre société? Premièrement, les partis politiques désirent à tout prix prendre le pouvoir. Ainsi, ils sont prêts à présenter un discours plus populaire, partisan, et capable de réunir le plus d’électeurs possible, dans le but premier de se faire élire au pouvoir. C’est pour ça qu’on appelle ça de la stratégie politique… Cela a pour conséquence que certains points du programme d’un parti devenu moins populaire sont repris par le second, avec une légère touche de la saveur du jour. Tout est dans l’image et beaucoup de candidats de ces partis sont choisis pour le charisme, et beaucoup moins pour leurs compétences intellectuelles. Dans la même veine, les partis plus idéologiques, et souvent marginaux (on pense à Québec Solidaire, le Parti Vert du Québec, etc.) sont capables d’amener des idées nouvelles, audacieuses et susceptibles de démarrer des débats de fond.

Ensuite, selon les principes de la « ligne du parti », beaucoup de débats effectués à l’Assemblée Nationale sont gagnés ou perdus d’avance. Il y a, à mon avis, une grave dépersonnalisation de la politique où chaque individu élu est restreint, la majorité du temps, à voter « du bord de son parti ». Bref, nous élisons des individus supposés nous représenter au gouvernement, qui finalement ne font qu’obéir à leur chef, les yeux fermés (on pourrait insérer un joli sacre ici)! Et là j’évite de mentionner les moments où un parti s’est abstenu de voter, ne s’est donc pas exprimé officiellement, pour ne pas faire tomber le gouvernement minoritaire en place. Démocratie ou stratégie politique? Je n’ai pas élu un représentant pour qu’il ferme sa gueule dans un débat où je sais pertinemment qu’il est contre, juste pour pas que son parti aille en élections, ou que les citoyens « n’ont pas envie d’une autre élection »! (Ça nous ferait un autre beau sujet d’échanges!) Tu me diras qu’il y a toujours les projets de loi privés, et certains projets de loi touchants souvent à la morale, à la sexualité ou à d’autres sujets délicats qui sont des votes « libres », où les députés sont appelé à voter selon leur bonne conscience (ils votent inconsciemment habituellement?). Sans avoir fait aucune recherche en profondeur, je crois que ces votes « libres » sont malheureusement peu fréquents.

Il y a aussi tout le côté du financement des partis politiques qui frôle parfois le conflit d’intérêts. Malgré le fait que René Lévesque avait amené une loi régissant ceux-ci au Québec, et une autre loi fut votée plus récemment au Canada, nous avons vu plusieurs choses bien outrageuses avec le scandale des commandites, et peut-être maintenant avec l’histoire du financement de certains candidats conservateurs sur laquelle Élections Canada fait actuellement enquête. C’est donc inné qu’un parti politique va trouver de multiples moyens pour bonifier le financement qu’il reçoit, principalement dû au fait qu’il est généralement élu sur une base d’apparence, et on le sait, la publicité et les relations publiques coûtent cher. Et, inévitablement, les bailleurs de fonds en bénéficieront tôt ou tard, directement (nomination à un poste de haut fonctionnaire) ou indirectement (mis sur pied d’un programme de subventions).

Le bon côté de l’absence des partis politiques

À l’opposé, avec l’abolition des partis politiques, chacun des candidats sera élu sur la base du mérite, et je crois que nous aurions de bien meilleurs représentants au gouvernement. Les candidats aux élections pourront débattre entre eux, sur le terrain où leurs énergies sont concentrées (dans leur circonscription électorale, pas à travers de la province). Tout cela favorisera l’élection de personnes compétentes qui pourront s’exprimer personnellement lors des débats à l’Assemblée Nationale.

Cette personnalisation de chaque député reflétera nécessairement l’opinion de la majorité des citoyens de sa circonscription électorale puisqu’ils l’auront élu. Et un mécanisme de destitution devra nécessairement être en place advenant des abus de confiance. En étant capable d’avoir une voie indépendante, chaque député sera capable de contribuer activement aux débats et pourra amener parfois des idées plus marginales dont certains aspects pourraient quand même être considérés. Donc, finis les moments où tous les députés du parti au pouvoir votent BLANC et tous les partis de l’opposition votent NOIR. Tous pourront voter selon leur conscience.

Face au financement des candidats, je crois que l’argent pourrait venir exclusivement du gouvernement. Donc, chaque personne digne d’être reçue « valable » comme candidat (nous devrons limiter le nombre de candidats par circonscription électorale, et le moyen sera à décrire plus tard) recevrait un montant fixe, et qui sera égal à celui que tous les autres recevront pour se faire connaître. En conséquence, en gardant les campagnes électorales plus brèves (deux semaines?) et à l’échelle locale, plusieurs sous seront épargnés, et je ne crois pas qu’il en reviendra plus cher au gouvernement ainsi.

Bref, je propose que cette modification dans l’organisation politique soit perçue comme une proposition à inclure au projet de souveraineté du Québec, quitte à l’inclure dans la future Constitution de la République souveraine du Québec. Ça serait le meilleur moment pour faire ces changements et démontrer de l’audace au reste du monde!

Qu’en penses-tu? Jacques Lazure, dans son livre, précise aussi sur un possible fonctionnement de l’Assemblée nationale en l’absence de partis politiques (nomination du premier ministre, des ministres, du président de la République, etc.). J’ai volontairement omis d’en parler pour deux raisons. Premièrement, cela constitue des propositions faites à titre personnel par l’auteur et elles sont amplement discutables (il le faut!). Puis, deuxièmement, je voulais te laisser de la viande à ajouter à l’os.

J’ai bien hâte que tu me renvoies la balle!

Normand

vendredi 5 septembre 2008

Bienvenue à notre blogue!

Bienvenue à notre blogue, où nos différentes opinions sur des sujets de l’actualité, politique le plus souvent, seront offertes. Notre but sera de développer des échanges qui produiront un débat constructif sur ces sujets, et qui pourront aussi, espérons-le, nous amener à développer des idées d’ordre socio-politique pour le futur de notre nation. Ce n’est aussi avec aucune gêne que nous désirons reprendre l’idée d’André Pratte et de Joseph Facal, celle d’échanger plusieurs lettres d’opinion, et dont les écrits furent publiés récemment dans le livre Qui a raison? (Éditions Boréal, 2008).

Le second objectif de ce blogue, plus personnel celui-ci, sera de poursuivre les dialogues que nous avons tant eus et appréciés dans le passé, le plus souvent réuni autour d’un pot de notre nectar favori.

Rémi étant maintenant déménagé à San Francisco, cet exercice devrait donc maintenir ces conversations par le Web malgré la distance physique qui nous sépare.

Bonne lecture!

Normand