lundi 8 septembre 2008

Je brise la glace

Salut Rémi,

J’espère que ton déménagement se passe en douceur et que tu te sois trouvé un appartement décent sans avoir à payer une fortune en loyer. De mon côté, les vacances en camping à Hawaï se sont très bien passées : Vanessa et moi avons découvert un beau coin du monde, avec de magnifiques plages reculées, ainsi qu’avec des volcans actifs à visiter! Les vacances furent florissantes pour moi du côté lecture : j’ai lu trois livres au complet, ce qui constitue une prouesse dans mon cas!

J’ai d‘abord dévoré Qui a raison? d’André Pratte et Joseph Facal (Éditions Boréal, 2008). Des échanges très intéressants, constructifs et des débats toujours intelligents et soutenus. J’ai ensuite lu le magnifique livre de François Avard, Avard Chronique (Éditions des Intouchables, 2008) qui contient une collection de ses meilleurs écrits publiés dans divers médias. Cet auteur est une sorte de Pierre Falardeau (qui a d’ailleurs écrit la préface du livre), mais en un peu moins trash : cru à souhait, il ne se gêne pas pour ridiculiser bien des aspects aberrants de notre société. Puis, j’ai finalement passé au travers du livre Abolir les partis politiques (commentaire sur le livre dans le Voir, 2006), écrit par le sociologue Jacques Lazure (blogue de Jacques Lazure). Ce livre, en teneur socio-politique élevée, fut un peu plus difficile à lire (c’est peut-être le langage de sociologue que j’ai trouvé tarabiscoté et parfois répétitif pour mon esprit de scientifique), mais m’a fait réfléchir beaucoup. Et c’est de cela que j’ai pensé aborder pour briser la glace et démarrer nos échanges : devrait-on abolir les partis politiques?

Je crois que oui! Je suis d’accord avec Jacques Lazure sur de nombreux points qu’il présente dans son livre. La majorité des points que je vais développer sont d’ailleurs repris de son livre et je n’ai du crédit que pour mes commentaires et critiques envers ceux-ci.

Le mauvais côté des partis politiques

Qu’est-ce qui rend les partis politiques nuisibles pour la démocratie et le bien-être de notre société? Premièrement, les partis politiques désirent à tout prix prendre le pouvoir. Ainsi, ils sont prêts à présenter un discours plus populaire, partisan, et capable de réunir le plus d’électeurs possible, dans le but premier de se faire élire au pouvoir. C’est pour ça qu’on appelle ça de la stratégie politique… Cela a pour conséquence que certains points du programme d’un parti devenu moins populaire sont repris par le second, avec une légère touche de la saveur du jour. Tout est dans l’image et beaucoup de candidats de ces partis sont choisis pour le charisme, et beaucoup moins pour leurs compétences intellectuelles. Dans la même veine, les partis plus idéologiques, et souvent marginaux (on pense à Québec Solidaire, le Parti Vert du Québec, etc.) sont capables d’amener des idées nouvelles, audacieuses et susceptibles de démarrer des débats de fond.

Ensuite, selon les principes de la « ligne du parti », beaucoup de débats effectués à l’Assemblée Nationale sont gagnés ou perdus d’avance. Il y a, à mon avis, une grave dépersonnalisation de la politique où chaque individu élu est restreint, la majorité du temps, à voter « du bord de son parti ». Bref, nous élisons des individus supposés nous représenter au gouvernement, qui finalement ne font qu’obéir à leur chef, les yeux fermés (on pourrait insérer un joli sacre ici)! Et là j’évite de mentionner les moments où un parti s’est abstenu de voter, ne s’est donc pas exprimé officiellement, pour ne pas faire tomber le gouvernement minoritaire en place. Démocratie ou stratégie politique? Je n’ai pas élu un représentant pour qu’il ferme sa gueule dans un débat où je sais pertinemment qu’il est contre, juste pour pas que son parti aille en élections, ou que les citoyens « n’ont pas envie d’une autre élection »! (Ça nous ferait un autre beau sujet d’échanges!) Tu me diras qu’il y a toujours les projets de loi privés, et certains projets de loi touchants souvent à la morale, à la sexualité ou à d’autres sujets délicats qui sont des votes « libres », où les députés sont appelé à voter selon leur bonne conscience (ils votent inconsciemment habituellement?). Sans avoir fait aucune recherche en profondeur, je crois que ces votes « libres » sont malheureusement peu fréquents.

Il y a aussi tout le côté du financement des partis politiques qui frôle parfois le conflit d’intérêts. Malgré le fait que René Lévesque avait amené une loi régissant ceux-ci au Québec, et une autre loi fut votée plus récemment au Canada, nous avons vu plusieurs choses bien outrageuses avec le scandale des commandites, et peut-être maintenant avec l’histoire du financement de certains candidats conservateurs sur laquelle Élections Canada fait actuellement enquête. C’est donc inné qu’un parti politique va trouver de multiples moyens pour bonifier le financement qu’il reçoit, principalement dû au fait qu’il est généralement élu sur une base d’apparence, et on le sait, la publicité et les relations publiques coûtent cher. Et, inévitablement, les bailleurs de fonds en bénéficieront tôt ou tard, directement (nomination à un poste de haut fonctionnaire) ou indirectement (mis sur pied d’un programme de subventions).

Le bon côté de l’absence des partis politiques

À l’opposé, avec l’abolition des partis politiques, chacun des candidats sera élu sur la base du mérite, et je crois que nous aurions de bien meilleurs représentants au gouvernement. Les candidats aux élections pourront débattre entre eux, sur le terrain où leurs énergies sont concentrées (dans leur circonscription électorale, pas à travers de la province). Tout cela favorisera l’élection de personnes compétentes qui pourront s’exprimer personnellement lors des débats à l’Assemblée Nationale.

Cette personnalisation de chaque député reflétera nécessairement l’opinion de la majorité des citoyens de sa circonscription électorale puisqu’ils l’auront élu. Et un mécanisme de destitution devra nécessairement être en place advenant des abus de confiance. En étant capable d’avoir une voie indépendante, chaque député sera capable de contribuer activement aux débats et pourra amener parfois des idées plus marginales dont certains aspects pourraient quand même être considérés. Donc, finis les moments où tous les députés du parti au pouvoir votent BLANC et tous les partis de l’opposition votent NOIR. Tous pourront voter selon leur conscience.

Face au financement des candidats, je crois que l’argent pourrait venir exclusivement du gouvernement. Donc, chaque personne digne d’être reçue « valable » comme candidat (nous devrons limiter le nombre de candidats par circonscription électorale, et le moyen sera à décrire plus tard) recevrait un montant fixe, et qui sera égal à celui que tous les autres recevront pour se faire connaître. En conséquence, en gardant les campagnes électorales plus brèves (deux semaines?) et à l’échelle locale, plusieurs sous seront épargnés, et je ne crois pas qu’il en reviendra plus cher au gouvernement ainsi.

Bref, je propose que cette modification dans l’organisation politique soit perçue comme une proposition à inclure au projet de souveraineté du Québec, quitte à l’inclure dans la future Constitution de la République souveraine du Québec. Ça serait le meilleur moment pour faire ces changements et démontrer de l’audace au reste du monde!

Qu’en penses-tu? Jacques Lazure, dans son livre, précise aussi sur un possible fonctionnement de l’Assemblée nationale en l’absence de partis politiques (nomination du premier ministre, des ministres, du président de la République, etc.). J’ai volontairement omis d’en parler pour deux raisons. Premièrement, cela constitue des propositions faites à titre personnel par l’auteur et elles sont amplement discutables (il le faut!). Puis, deuxièmement, je voulais te laisser de la viande à ajouter à l’os.

J’ai bien hâte que tu me renvoies la balle!

Normand

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